07 février 2009
Evolution de la langue
Quand on etudie une langue, etrangere ou non, c'est bien entendu dans le plus grand respect des regles grammaticales et en essayant d'enrichir son vocabulaire au maximum. Autrement dit, une version assez differente de celle qu'on entendra dans la rue ou qu'on utilisera finalement 'entre copains'. Quand j'allais a l'ecole de langue, les profs nous racontaient que leurs amis leur trouver toujours une facon de parler un peu speciale. A force de coller au plus proche du japonais le plus propre ca les 'deformait'.
Autre exemple amusant, j'avais la premiere annee ou je suis arrive au Japon une amie russe, chercheuse specialisee dans l'histoire ancienne japonaise. Elle etait vraiment hyper calee sur son sujet : l'ere Nara (de 710 a 794). Mais a force de passer son temps dans des manuscrits de plus de 1200 ans, qu'elle lisait sans probleme, elle s'etait mise a parler un melange de japonais de cette epoque et de japonais contemporain. Ca faisait toujours enormement rire Junko.
Parfois ca peux provoquer des situations un peu paradoxales, ou celui qui maitrise le moins la langue peut expliquer un point de grammaire a celui qui la maitrise le mieux (cette phrase aussi est un peu paradoxale :-) ). Par exemple, je demandais un jour a mon chef comment dire "je vais arroser les fleurs". Je voulais en fait la traduction du verbe 'arroser' (撒く, maku), mais comme ca lui revenait pas il m'a propose ce qui lui venait immediatement a l'esprit : 花に水をやる (hana ni mizu wo yaru) qui donnerait litteralement "je fais de l'eau au fleur". Mon chef etait doublement embete parce que d'une part il se rappelait plus du verbe arroser et d'autre part il venait de se demander pourquoi diable on emploie le verbe yaru (faire) ici. En fait moi j'avais compris pourquoi mais sachant qu'il le prend toujours a moitie mal quand je lui explique un truc qu'il connait pas j'ai rien dit. Le verbe yaru n'est pas ici employe dans son sens de faire mais celui venant du triple sashiageru-ageru-yaru, utilise pour indiquer si l'action est faite dans le but d'un superieur/egale/inferieur hierarchique. Donc la traduction correcte en francais de ce 'faire deferent' devient bien "je donne de l'eau aux fleurs".
Le japonais 'trop propre' qu'on etudie peut donc poser des petits problemes, mais il permet aussi d'etre temoin de l'evolution de la langue. Evolution qui va bien sur dans le sens de la contraction, de la simplification, pour aller plus vite et moins se fatiguer la cervelle parce que l'homme est ce qu'il est ;-) Exemple, la terminaison negative 'nai' qui se reduit a sa premiere lettre 'n' (wakaranai -> wakaran'). Des fois les Japonais en son conscient, des fois non. Je me dit que ca doit venir de l'epoque ou la transformation a eu lieu. Plus elle est eloignee plus elle acquiert de normalite, si elle ne disparait pas en cours de route, et on oublie d'ou elle vient, et si elle n'affecte qu'une zone geographique reduite elle devient dialecte locale, si elle n'affecte qu'un groupe elle devient dialecte sociale. Exemples : 面白い (omoshiroi, amusant) qui devient omoroi, ca tout le monde sait d'ou ca vient, c'est un raccourci fabrique par les jeunes d'aujourd'hui, et ca ne 'merite' pas (encore) d'autre statut; de meme, すみません (sumimasen, pardon) qui devient suimasen; par contre le 'wakaraen' du dialecte d'Osaka, et encore plus le 'nan' a la place de 何 (nani, quoi) semblent percus comme ayant "toujours ete comme ca" si je demande aux Japonais autour de moi, mais le 'n' n'est en fait apparu qu'a l'ere Edo (1603-1867).
Mais revenons sur le "qui va bien sur dans le sens de la contraction, de la simplification". J'entends souvent ca et a chaque fois il y a quelque chose qui me gene. Si une langue ne fait que se simplifier ca veut dire que plus on remonte dans le temps et plus elle etait riche et complexe, ca fait un beau pied de nez a l' "evolution de nos societes" et je m'amuse a imaginer l'homo australopithecus en train de converser dans une langue raffinee et regie par une grammaire savante ;-) Un peu plus objectivement on pourrait essayer de s'amuser a chercher la courbe de complexite d'une langue a travers les ages. Est ce qu'elle est partie de rien, a atteint un pic puis est en train de retomber vers le primitif ? Est ce qu'elle dessine des cycles autour d'un axe stable, ascendant, descendant ? Les scenarios possibles sont legions... Amusant non ? En tout cas, en pretant son oreille a d'autres que les vieux bougons que l'evolution effraie car elle represente la fin de 'leur' temps et donc la leur, on trouve aussi des evolutions modernes dans la direction du complexe. Les verbes japonais se terminent systematiquement a la forme infinitive par un phoneme en 'u' (-u, -ku, -su, -tsu, ...), cette terminaison est remplacee par une autre pour conjuguer le verbe. Par exemple, 言う (iu, dire) devient 言っている (itteiru, etre dit), ou 言える (ieru, pouvoir dire). Ca c'est ce qui est ecrit dans les livres de grammaire japonaise. Mais en realite j'entend quotidiennement de la part des Japonais qui m'entourent des phrases ou la terminaison de l'infinitif et celle de conjugaison s'additionnent au lieu de se remplacer. Dans l'exemple precedent, ca devient 言うっている (iutteiru) et 言うえる (iueru).
Et pour reconcilier les partisans de l'evolution et ceux de la regression, un bel exemple marriant les deux, egalement entendu courament : 言うっときます (iuttokimasu). On a d'abord expansion avec la presence du 'u' de l'infinitif qui aurait du disparaitre au profit du 'tt', puis contraction avec le 'to' qui est en fait 'teo' (forme connective de iu plus verbe oku). Correctement ecrit on aurait : 言っておきます (itteokimasu, je lui dirai, avec le sous entendu 'pour qu'il le sache pour plus tard').
Et non cet article n'est pas ecrit pour la defense de toutes mes horreurs syntaxicales et grammaticales sur ce blog, encore mille fois pardon a tout mes lecteurs !! ;-p
Tags : Au boulot, Communication, Etudes, Evolution, Histoire, Japonais, Linguistique
20 décembre 2008
Kagoshima
鹿児島 (Kagoshima) c'est le nom d'une ville de 九州 (Kyushu), la plus au sud des 4 principales iles du Japon. Kagoshima se trouve elle meme au sud de Kyushu dans une gigantesque baie ou s'engouffre la mer autour du volcan 桜島 (Sakurajima). Le volcan etait initialement une ile au milieu de la baie mais les coulees de lave successives ont fini par atteindre la cote (en 1914, eruption tres violente qui tua 35 personnes) et l' "ile" est maintenant accessible par une route. Vue du ciel ca donne ca.
Ce volcan est extremement actif : 7300 eruptions explosives durant les 45 dernieres annees ! Et pourtant, sur Sakurajima meme, au pied du volcan vivent en permanence 5.800 personnes, et la ville de Kagoshima a 8 km a vol d'oiseau "habrite" 600.000 personnes. Les habitants de Sakurajima sont soumis a une simulation d'evacuation generale de l'ile en 4 heures une fois par an, entre autres mesures preventives. S'ils continuent a vivre ici c'est principalement car le sol du volcan fourni un engrais naturel a la culture des Daicon (sorte de gros radis) qui peuvent atteindre ici jusqu'a 30 kg ! Les Komikan (variete naine d'orange) de Sakurajima sont aussi celebres, et je confirme qu'elles sont particulierement delicieuses :-) Enfin le paysage de l'ile, et surement le petit frisson d'y aller en ce demandant si on y reviendra sain et sauf, attirent enormement de touristes.
Ce n'etait pourtant pas la raison principale qui m'a pousse moi a aller visiter ce coin du Japon. Kagoshima est en fait le port d'embarquement vers l'ile de 種子島 (Tanegashima), ile natale de ma tendre et douce, et nous sommes alles rendre visite a sa soeur et son petit bebe pour le week end, non pas sur l'ile mais dans une petite ville de la campagne Kagoshimaienne...
La suite en photo !

Courageux, nous economisons nos sous en choisissant de traverser la moitie du Japon en bus de nuit. 12h de route ! Ca m'a rappele mes allers et venues entre Hirsohima et Kyoto l'annee derniere.
Arrives a Kagoshima, sous la pluie qui ne nous quittera pas jusqu'au retour, le premier panneau qui nous accueille c'est celui-la. Le bus s'etait un peu emballe et nous voila en Italie !? ;-)
Kagoshima est en fait jumelee avec Naples ...

Statue de 19 heros de la ville de Kagoshima. Ces 19 jeunes garcons braverent l'interdit de sortir du pays lorsque le gouvernement de Tokugawa decida de fermer ses frontieres a l'etranger entre 1639 et 1854. Ils embarquerent sur un des rares navires etrangers autorises a accoster dans des ports dedies (parfois sur des iles artificielles creees pour l'occasion) et strictement controles. Ils revinrent au Japon avec la restoration Meiji (en 1854) apres avoir voyage en Europe et aux Etats Unis, et devinrent pour la plupart des personnes influentes sur la construction du Japon moderne.

Sans trainer on embarque pour passer de l'autre cote de la baie ou nous attends la soeur de Junko...

... qui nous emmennent directement dans un superbe resto traditionnel.



Succulent, et la deco interieur est toujours aussi paradisiaque. A flanc de colline on a vue sur tout le village, mais c'etait pas specialement beau, a cause du temps en partie, a cause du cote zone industrielle de la region ... Le resto etait vide a part nous, alors on s'est fait choye. Et puis un etranger plus un bebe en bas age ca fait de l'animation !

Le hero du week-end. "Dragon de Volonte" de son 'petit' nom.

Promenade digestive a une des attractions touristiques du coin : le parc a roses de Kanoya. Un gigantesque parc regroupant des milliers de varietes de rose. J'en ai fait des tonnes de photos que je mettrais ici dans un post a part. Le parc propose une serre ou on peut cueillir quelques fleurs sous l'oeil vigilant d'un jardinier, des activites pour enfants, une boutique vendant des produits derives, dont un roux de care de couleur rose !

Et puis en oubliant la grisaille on part faire une deuxieme balade dans la foret pour voir deux belles chutes d'eau.



Un grand pont suspendu permet d'aller voir la chute d'en haut.

Les araignees de Kanoya c'est pas des demi-portions !!
Puis retour a la maison ou on retrouve le mari revenu du boulot et on se cuisine un super nabe. Moi je faisai l'allee et retour entre la cuisine et la table pour aider, ca les a hallucine. Un homme qui plus est un invite qui participe aux taches menageres, petit choc culturel :-)
Et puis soiree photos (de France) / cadeaux jusqu'a tard...

Lendemain matin, en route pour Sakurajima tous ensemble, en voiture. En route on passe a cote de ce petit sanctuaire. Un rocher qui depasse de la mer sur la plage. On y met un portique, un sanctuaire et voila ! Parmi les gadgets electroniques qui equipent en serie les voitures japonaises, j'en decouvre un nouveau : l'autopilote pour garer sa voiture. Vous placez en gros la voiture devant une place de parking, vous montrez a l'ordinateur de bord ou vous voulez vous garer via la camera a l'arriere de la voiture et il prend le controle du volant et des pedales. Bon on a passe tellement de temps a faire comprendre a l'ordinateur ou se garer et a se regarer proprement une fois qu'il nous avait mis un brin en travers que je comprends que le mari ne s'en sert jamais mais c'etait amusant a faire une fois et de voir la voiture manoeuvrer toute seule :-)

La portion de lave qui fait la jonction entre la cote et Sakurajima. C'est un paysage magnifique. Un amoncellement de rochers de roches noires que des pins recouvrent peu a peu.

Comme il se doit il y a un centre touristique qui explique l'histoire du volcan en photo, en video, ... Tres petit mais tres riche, avec beaucoup d'interaction. Ici une machine qui mesure votre force. En cas d'eruption je suis sense etre capable d'arreter a mains nues un rocher de 65kg ! Euh bah j'essaierai quand meme pas et j'irai plutot me planquer dans un des abris en beton arme dispose tout les 200m le long des routes !!

Point d'observation un peu en hauteur. Le volcan joue les timides dans les nuages.

De l'autre cote Kagoshima. Les gigantesque digues dans la baie servent a briser un eventuel tsunami provoque par une eruption.

Finalement on pourra voir en entier le cratere principal pendant quelques secondes entre deux nuages ...

Et pour finir la photo emblematique de Sakurajima : une eruption a autrefois englouti un temple et n'a laisse depasser de la coulee de lave et de la pluie de cendres que le sommet du portique sacre de l'entree. On l'a laisse tel quel en memoire de l'eruption et pour ne pas oublier ce qui pourrait se passer a chaque instant.
Puis retour a Kagoshima en bateau et petit tour a pied en attendant le bus. La ville m'a rappele Hiroshima, avec son tram, ses grandes allees commercantes couvertes et son calme par rapport a Osaka.
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15 novembre 2008
Le temple Daikakuji
J 'ai decouvert dernierement un nouveau superbe temple a Kyoto alors que nous allions voir avec Junko si le changement de couleur des erables avait commence : le 大覚寺 (daikakuji). Sa page wikipedia est ici et sa page officielle la. Sur google map vous le trouverez ici.(vous pouvez vous y rendre par la ligne de bus 91 ou 28) Ce n'est pas le temple le plus celebre pour les touristes, et pourtant il est d'un grand interet historique.
Des que j'y suis arrive j'ai ete surpris par la taille des batiments, du jardin, de l'entree. A l'avant des batiments il y a un tres grand jardin mineral, et a l'arriere un vegetal. A l'est un grand lac sur lequel on peux faire du bateau pour observer la pleine lune, ou simplement faire le tour a pied en passant par un sanctuaire. A l'interieur du temple les fusuma (portes coulissantes) sont superbement decores de peintures. J'ai ete etonne par la ressemblance avec celle du palais imperial de Kyoto. Tant de richesse dans un temple me laissait un peu perplexe et j'ai eu l'explication un peu apres. Ce temple sert en fait de lieu de retraite aux Empereurs decidant de se consacrer a la meditation. Ca s'appelle 門跡 (monzeki).
A l'epoque Nara le bouddhisme apparait au Japon est devient tres vite tres populaire. En 818, l'Empereur Saga decide d'effectuer un shakyo (recopier un sutra) pour sauver son peuple d'une epidemie de peste et de famine, sur les conseils du moine Kukai. Apres sa mort, sa fille transforme en 876 sa villa en temple, a la memoire de son pere, et y depose le sutra recopie. Le Daikakuji est ne. Jusqu'a aujourd'hui, en l'honneur de l'Empereur Saga on peut venir librement recopier un sutra et l'offrir au temple.
D'autres empereurs viendront y prendre retraite par acte de foi, mais a l'approche de la periode Heian cette decision devint aussi un moyen pour les familles nobles d'ecarter l'Empereur de la cour sans heurt et prendre a sa place le controle effectif des affaires politiques pendant que l'Empereur est reduit plus ou moins contre son gres a des activites religieuses. C'est la naissance du Shoguna.
L'empereur Saga est egalement fameux pour son gout pour les arts et pour avoir fonde une ecole d'Ikebana qui existe toujours. Un autre Empereur retire au Daikakuji, l'Empereur Gouda, etait egalement grand amateur d'art et abrita ici divers ecoles dont quelques unes de peinture dont on peut voir quelques oeuvres.
Si vous voulez voir les momiji un peu a l'ecart de la foule je vous recommande donc ce temple. En plus c'est juste a cote d'Arashiyama donc ca peut s'introduire tres facilement dans un itineraire "momiji" plus grand.

La presence de l'embleme imperial a l'entree temoigne du lien avec l'Empereur.




Le batiment dans lequel est conserve le sutra recopie par l'Empereur Saga.


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