Un Bayashi au Japon


Depuis 2005 au Japon en tant qu'etudiant, boulanger, puis hotelier a
divers endroits. Decouvrez ma vie d'expatrie et le Japon qui m'amuse
et me fait reflechir. En photo autant que possible.

Hiroshima Weather Forecast, Japan

25 février 2009

Pieton - Velo, Je t'aime, moi non plus

DSC_00231

Je rapportais ici les pratiques peu orthodoxes des velocipedes locaux. Pas plus tard que quelques jours apres la parution de cet article, j'avais deja matiere a en reparler.
Etant donne leur comportement vous comprenez bien qu'ils ne se contentent pas d'un grand festival de collisions entre eux. S'ils peuvent a l'occasion applatir un pieton pourquoi s'en priver. D'ou des relations parfois un peu tendu entre les deux communautes.
Je mangeais tranquillement ma pizza "Savoia" depuis ma place preferree de cette mini pizzeria surtout appreciee pour ses fameuses Tartes d'Andrew (de simples petites tartes aux oeufs grace auxquelles un certain Andrew aurait fait fortune). De ma place preferree j'ai une vue imprenable sur un enorme carrefour entre deux boulevards. Que ce soit du cote des velos, des pietons ou des voitures, il y a toujours quelque chose d'amusant a regarder.
Par exemple. Le feu est rouge pour les pietons qui s'amassent tranquillement devant le passage pieton. Une memere arrive sur son mamajari (velo de memere avec le panier a salade et tout les petits accessoires qui vont bien pour les memeres) et veut traverser dans la direction perpendiculaire qui est encore au vert. Elle se depeche donc de foncer violemment dans le tas de pietons qui lui barre la route. Il y a bien un petit espace juste la, devant ce vieux pepe, qui me laissera bien passer quand il me verra arriver. Sauf que le vieux pepe, apres quelques dizaines d'annee au millieu de ces sauvages, il a semble qu'il ait accumule une certaine rancune a leur encontre. Non seulement il n'eut aucune intention de laisser passer la memere, mais, la betise etant parfois contagieuse, il decida lui aussi que non c'est MOI qui passera ici que ca te plaise ou non. Et la memere percuta le petit vieux, et le petit vieux percuta la memere.
Aucun degat, pas de chute, la memere opine un coup betement de la tete pour effacer l'incident et continue sans s'arreter. Le pepe lui il avait decidement envie d'en decoudre. Pas d'opinement bete et mecanique de son cote. A la place il attrape a la volee le porte bagage arriere du mamajari et stope la memere sur place, qui pour le coup manque de tomber. Eh l'a encore des resources le p'tit vieux ! Puis il prend son temps pour venir se positionner devant elle en roulant (ridiculement) des mecaniques, et se lance dans une grande et longue engueulade que je ne pouvais malheureusement savourer depuis mon point d'observation. J'en comprenais tout de meme les grandes lignes par la gestuelle, ici c'est le trottoir c'est chez moi alors casse toi. Une fois repu d'invectives, la memere arrive enfin a glisser quelques excuses de circonstance, puis le pepere lui fait signe de s'en aller en ayant interet a bien rouler dans le couloir reserve aux velos pour traverser le carrefour. Et chacun d'attendre que son feu passe au vert. Celui de la memere arrive en premier, elle se lance proprement dans le couloir designe, et puis, plus parce que son controle de la trajectoire est ce qu'il est, que par reelle intention de nuire, elle en sort et mort dans le passage pieton. Le sang du pepere qui n'attendait que ca et la fixait comme un faucon une souris, ne fit qu'un tour ! Le voila qui se lance dans un sprint pour attraper la memere en lui criant dessus. 2 km/h boiteux et essoufles face a 3 km/h chancelants et terrorises, les paris sont ouverts, lequel des deux va mourir d'un infarctus le premier ??? Non pas de drame pour cette fois, la memere s'envole vers des horizons plus calmes et le pepere abandonne au bout d'une moitie de carrefour en levant un poing qui contenait toute la colere du monde...

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07 février 2009

Evolution de la langue

Quand on etudie une langue, etrangere ou non, c'est bien entendu dans le plus grand respect des regles grammaticales et en essayant d'enrichir son vocabulaire au maximum. Autrement dit, une version assez differente de celle qu'on entendra dans la rue ou qu'on utilisera finalement 'entre copains'. Quand j'allais a l'ecole de langue, les profs nous racontaient que leurs amis leur trouver toujours une facon de parler un peu speciale. A force de coller au plus proche du japonais le plus propre ca les 'deformait'.

Autre exemple amusant, j'avais la premiere annee ou je suis arrive au Japon une amie russe, chercheuse specialisee dans l'histoire ancienne japonaise. Elle etait vraiment hyper calee sur son sujet : l'ere Nara (de 710 a 794). Mais a force de passer son temps dans des manuscrits de plus de 1200 ans, qu'elle lisait sans probleme, elle s'etait mise a parler un melange de japonais de cette epoque et de japonais contemporain. Ca faisait toujours enormement rire Junko.

Parfois ca peux provoquer des situations un peu paradoxales, ou celui qui maitrise le moins la langue peut expliquer un point de grammaire a celui qui la maitrise le mieux (cette phrase aussi est un peu paradoxale :-) ). Par exemple, je demandais un jour a mon chef comment dire "je vais arroser les fleurs". Je voulais en fait la traduction du verbe 'arroser' (撒く, maku), mais comme ca lui revenait pas il m'a propose ce qui lui venait immediatement a l'esprit : 花に水をやる (hana ni mizu wo yaru) qui donnerait litteralement "je fais de l'eau au fleur". Mon chef etait doublement embete parce que d'une part il se rappelait plus du verbe arroser et d'autre part il venait de se demander pourquoi diable on emploie le verbe yaru (faire) ici. En fait moi j'avais compris pourquoi mais sachant qu'il le prend toujours a moitie mal quand je lui explique un truc qu'il connait pas j'ai rien dit. Le verbe yaru n'est pas ici employe dans son sens de faire mais celui venant du triple sashiageru-ageru-yaru, utilise pour indiquer si l'action est faite dans le but d'un superieur/egale/inferieur hierarchique. Donc la traduction correcte en francais de ce 'faire deferent' devient bien "je donne de l'eau aux fleurs".

Le japonais 'trop propre' qu'on etudie peut donc poser des petits problemes, mais il permet aussi d'etre temoin de l'evolution de la langue. Evolution qui va bien sur dans le sens de la contraction, de la simplification, pour aller plus vite et moins se fatiguer la cervelle parce que l'homme est ce qu'il est ;-) Exemple, la terminaison negative 'nai' qui se reduit a sa premiere lettre 'n' (wakaranai -> wakaran'). Des fois les Japonais en son conscient, des fois non. Je me dit que ca doit venir de l'epoque ou la transformation a eu lieu. Plus elle est eloignee plus elle acquiert de normalite, si elle ne disparait pas en cours de route, et on oublie d'ou elle vient, et si elle n'affecte qu'une zone geographique reduite elle devient dialecte locale, si elle n'affecte qu'un groupe elle devient dialecte sociale. Exemples : 面白い (omoshiroi, amusant) qui devient omoroi, ca tout le monde sait d'ou ca vient, c'est un raccourci fabrique par les jeunes d'aujourd'hui, et ca ne 'merite' pas (encore) d'autre statut; de meme, すみません (sumimasen, pardon) qui devient suimasen; par contre le 'wakaraen' du dialecte d'Osaka, et encore plus le 'nan' a la place de (nani, quoi) semblent percus comme ayant "toujours ete comme ca" si je demande aux Japonais autour de moi, mais le 'n' n'est en fait apparu qu'a l'ere Edo (1603-1867).

Mais revenons sur le "qui va bien sur dans le sens de la contraction, de la simplification". J'entends souvent ca et a chaque fois il y a quelque chose qui me gene. Si une langue ne fait que se simplifier ca veut dire que plus on remonte dans le temps et plus elle etait riche et complexe, ca fait un beau pied de nez a l' "evolution de nos societes" et je m'amuse a imaginer l'homo australopithecus en train de converser dans une langue raffinee et regie par une grammaire savante ;-) Un peu plus objectivement on pourrait essayer de s'amuser a chercher la courbe de complexite d'une langue a travers les ages. Est ce qu'elle est partie de rien, a atteint un pic puis est en train de retomber vers le primitif ? Est ce qu'elle dessine des cycles autour d'un axe stable, ascendant, descendant ? Les scenarios possibles sont legions... Amusant non ? En tout cas, en pretant son oreille a d'autres que les vieux bougons que l'evolution effraie car elle represente la fin de 'leur' temps et donc la leur, on trouve aussi des evolutions modernes dans la direction du complexe. Les verbes japonais se terminent systematiquement a la forme infinitive par un phoneme en 'u' (-u, -ku, -su, -tsu, ...), cette terminaison est remplacee par une autre pour conjuguer le verbe. Par exemple, 言う (iu, dire) devient 言っている (itteiru, etre dit), ou 言える (ieru, pouvoir dire). Ca c'est ce qui est ecrit dans les livres de grammaire japonaise. Mais en realite j'entend quotidiennement de la part des Japonais qui m'entourent des phrases ou la terminaison de l'infinitif et celle de conjugaison s'additionnent au lieu de se remplacer. Dans l'exemple precedent, ca devient 言うっている (iutteiru) et 言うえる (iueru).

Et pour reconcilier les partisans de l'evolution et ceux de la regression, un bel exemple marriant les deux, egalement entendu courament : 言うっときます (iuttokimasu). On a d'abord expansion avec la presence du 'u' de l'infinitif qui aurait du disparaitre au profit du 'tt', puis contraction avec le 'to' qui est en fait 'teo' (forme connective de iu plus verbe oku). Correctement ecrit on aurait : 言っておきます (itteokimasu, je lui dirai, avec le sous entendu 'pour qu'il le sache pour plus tard').

Et non cet article n'est pas ecrit pour la defense de toutes mes horreurs syntaxicales et grammaticales sur ce blog, encore mille fois pardon a tout mes lecteurs !! ;-p

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28 janvier 2009

Breve

Sur le chemin du retour du boulot, mon voisin de banquette de train, en costume de salaryman, a sa femme au telephone :

"Allo, j'irai travailler demain aussi, il faut que je remplace Mr Tanaka, excuse moi. Mes prochains conges ? Mardi, mais ils veulent que je finisse un rapport a la maison. Ils appellent ca des conges, tu parles ! Je passe mon temps a bosser. J'en ai marre de ce boulot, je veux arreter..."

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18 janvier 2009

Velo kamikaze

J'ai deja parle des velocipedes nippons par ci par la, la plupart du temps en termes peu flatteurs, mais leurs acrobaties me motivent a me remettre au clavier pour vous faire partager mon ahurissement.
Le velo sans les mains. Le guidon sert comme vous le savez tous de comptoir au cycliste experimente qui a relegue les freins au rebut. Les coudes poses sur chaque poignee, les mains se trouvent ainsi liberees pour toute sortes d'activites en paralelle du deplacement, un peu comme le passage du singe a l'homme, preuve de la superiorite de ce type de velocipede. Entres autres activites, on notera pour les vieux : les mains ballantes, les mains alimentant le pilote en nicotine,  les mains repose-menton pour les plus audacieux, ... pour les plus jeunes et leurs appendices electroniques : jouer sur son telephone portable, envoyer des mails, lire des mangas, ...
Le velo raccourci. Extension du precedent, encore que les australopitheques qui utilisent encore leurs mains  pour se deplacer semble parfois trop simplet pour savoir a quoi il serait effectivement bon qu'ils les utilisent. Pas de mains, donc pas de direction, et puis de toute facon calculer des trajectoires et tout ca c'est bien trop complique, vive la ligne droite et les economies de temps et d'energie. Alors qu'il soit occupe a lire, jouer, fumer, ou meme a rien de particulier, prendre en consideration la presence d'autrui ou d'obstacles plus petit qu'un immeuble est superflu. Deux velocipedes arrivent face l'un a l'autre, aucun ne deviera, aucun ne ralentira, collision frontale, trois mots d'excuse en se relevant et on repart chacun de son cote comme si de rien n'etait. La variante 'de cote' existe aussi : meme strategie 'je suis seul au monde' pour un resultat d'un sur le bitume et d'une dans la jardiniere de la caserne des pompiers de Nijo. On rigole "oh bah dis donc on dirait que ca a pas passe hein" "oh pardon pour les fleurs" "c'est rien vous avez mal nul part ?" "non non ca va au revoir". On se rappelera avec nostalgie egalement le "coup du domino" : foncer droit dans un enorme tas de velos en stationnement comme si on avait pas remarque que sans le moindre doute possible ca passait pas, et en renverser d'un coup une colonne de quelques dizaines.
Le velo prudent. Des fois il y a des velocipedes qui sont equipes de la fonction cognitive 'detection de collision'. Du coup ca se passe beaucoup mieux : un livreur surgit de derriere son camion en trombe sans regarder s'il vient quelqu'un, il a bien raison, il y a justement une maman-velocipede qui arrive a toute vitesse avec son rejeton dans le panier a salade accroche au guidon. Le livreur jeune et bien portant bondit de cote, la maman-velocipede detecte un danger et enclenche la procedure d'urgence : baisser la tete, fermer les yeux, crier, et surtout ... ne pas freiner, de toute facon en face il y avait un fourbe qui a arrete le velo qui lui foncait dessus en attrapant le guidon a deux mains et en priant tres fort. Comme quoi c'etait pas la peine. Et on repart, sans un regard, sans un mot, au fourbe qu'on vient de manquer d'ecraser, au fourbe qui vient eventuellement de vous sauver vous et votre progeniture d'une belle gamelle.
Le velo qui ne veut pas deranger les pietons. Pour eviter d'ecraser les fourbes, certains velocipedes au grand coeur veillent a ne surtout pas utiliser les trottoirs. La route est la pour qu'on s'en serve, les voitures n'ont qu'a faire un peu de place. Jusque la pas de probleme. Sauf que, la cohabitation entre les deux types de vehicules est legerement degradee par le deni des regles de circulation de la part du velocipede. Principalement ca se traduit par la circulation en sens inverse et la negation des feux tricolores.
Au bas de l'echelle le velo qui roule en plein milieu d'une voie a contre sens, si une voiture arrive, a elle de se debrouiller et si elle a le malheur d'amocher le velo c'est bien sur elle qui est en tort.
Immediatement au dessus, le velocipede s'arretant au feu. Son temps etant precieux, un metre de gagne est une aubaine a ne pas laisser passer. Alors au feu plutot qu'attendre a sa place, on s'avance autant que possible pour bien bloquer toute la largeur du trottoir de ceux qui aimerait profiter de leur feu vert pour pouvoir traverser. Un petit coup de clochette ou un 'pardon' et ah bah oui zut comment qu'on va faire maintenant aie aie aie chui ben embete.
Un peu mieux, le contre sens de nuit et evidemment sans lumiere. La police japonaise veillant jour et nuit a notre securite a tous, ceux qui roulent sans lumiere se font souvent parfois arretes, et l'eteigne a nouveau au prochain carrefour parce que c'est dur de pousser plus fort sur les pedales pour alimenter la dynamo.
La version encore au dessus, c'est de ne pas se contenter d'une petite rue ou ne circulera a cette heure tardive qu'un taxi cherchant une planque pour dormir, mais d'y aller carrement sur les gros boulevards a deux fois 2, voir 3, voies. Si un autre velocipede respectant par hasard le sens de circulation passe par la au meme moment, referer vous au protocole de collision decrit plus haut.
Un cran encore au dessus, sur une deux fois deux voies tres circulantes a une heure avancee, un taxi est arrete sur la voie de gauche (je rappelle qu'on roule a gauche ici) pour faire descendre un client. Derriere arrive une meute de voitures qui se bastonnent deja pour tous passer sur la voie de droite a cause du taxi arrete. En face a contre sens un velocipede sans lumiere dans la voie de gauche. Gene par le taxi arrete, c'est tout naturellement qu'il deboite sur la voie de droite pret a affronter de face la meute. Cette derniere arrivera en pilant ou s'eparpillant derriere le taxi arrete ou sur la voie a contre sens a liberer le passage au velo qui n'aura pas ralenti d'un poil ni montrer quelconque signe d'inquietude. Au passage a ce niveau le trottoir est a la meme hauteur que la rue, et large et degage, autrement dit aucun raisonnement sense ne peut aboutir a un avantage de la route sur le trottoir.
Et finalement celui qui meritera le top classement de cette petite selection de vecu quotidien, sur une autre grosse deux fois deux voies arrive en sens inverse un jeune velocipede appliquant la technique du pilotage aux coudes pour pouvoir regarder ses mails. Un plus important que d'habitude semble arriver et il entreprend de s'arreter, quelle saine prudence. Les yeux rives sur son ecran il grille donc le feu rouge du gros carrefour ou il vient d'arriver, puis s'arrete en plein milieu de la voie venant perpendiculairement ou il reprend la posture comptoir de bistrot sur son guidon pour mieux repondre a son mail. En plus a cet endroit le boulevard qui arrive perpendiculairement est en forte courbe et passe sous un pont, il n'y a donc aucune visibilite sur le carrefour pour les voitures qui arrivent generalement assez vite.

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16 janvier 2009

Les petites pieces du Fushimi Inari

Trouve dans le canard local par Junko ... Dans quelques jours une equipe de banquiers se rendra au sanctuaire de Fushimi Inari a Kyoto. Pour prier les kamis de les sauver de la crise financiere peut etre, mais surtout pour une mission un peu speciale : compter toutes les pieces que les Japonais auront jetees dans les urnes en offrande aux Dieux lors de LA priere annuelle dans ce temple qui est l'un des plus courus de Kyoto. Et combien ca va leur prendre de compter ce que 2.770.000 visiteurs auront jete dans 50 urnes, c'est la que ca devient interressant ... a 8 ils en auront pour ... 5 jours !!!! L'article ne dit pas a combien s'elevera la recolte mais le monsieur tout le monde jetant une piece de 5 ou 10 yen lorsqu'il prie, on arrive a une borne (tres) inferieure de presque 21 million de yen !

Article a lire en re-regardant la photo de cette article. ;-)

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14 janvier 2009

Vieillissement et hierarchie japonaise

Nos deux arubaito de menage se sont envolees vers de nouveaux horizons. Il fallait donc qu'on trouve des remplacants. Les arubaito c'est pratique : on met une annonce sur la porte, aussitot plein de postulants se presentent, et on peux commencer a les faire travailler le lendemain.
Pour faire un petit boulot physiquement eprouvant, on verrait bien des jeunes qui veulent se faire de l'argent de poche. Il en est effectivement venu, un peu. Des qui trouvaient cool de faire un boulot ou ils allaient pouvoir pratiquer leur anglais avec des etrangers. Et puis quand ils tombent de leur nuage et comprennent qu'ils vont plutot communiquer avec des chambres crades pendant que les etrangers sont partis s'amuser ... ils sont d'un coup beaucoup moins interresses. Ils repartent decus d'avoir rate une occasion d'entrer en contact avec l' "exterieur" qui les fait visiblement tant rever. On a eu aussi deux fois des parents, qui dans un 'grand' effort d'ouverture d'esprit sont venus nous voir. Laisser leur progeniture partir a l'etranger, ah non alors, vous comprenez c'est tellement dangereux la-bas. Alors que s'ils travaillent a l'hotel ils peuvent rencontrer des etrangers, puisque ca les amuse, tout en ayant le Japon protecteur et vigilant qui veille au pas de la porte...
On trouve beaucoup plus de bonne volonte du cote de ceux qui forment le gros des postulants : les vieux. On les verrait bien a l'heure ou l'on songe aux parties de peches, de go dans le club du coin, aux voyages, ... Non, eux ils veulent briquer du bidet et faire danser des kilos de futons, 3 heures par jour, 5 jours par semaine. Et finalement c'est un Japonais de 60 ans qui a fait l'affaire, et qui l'a fait bien, peut etre un peu trop bien : il nous nettoie les chambres comme s'il etait en train de sauver son pays d'une invasion de grippe aviaire ! Bon, vaut mieux ca que le contraire.
Tout ca donne une petite image du marche du travail d'un pays en vieillissement rapide. Il y a probablement des problemes de finance a l'heure de la retraite qui motivent le 3e age a etre si actif, mais il y a aussi visiblement peu de jeunes a embaucher. Au passage ca doit aussi les inciter a faire la fine bouche.
Et ca embete bien mon chef, qui devant sa liste de CV m'appelait a l'aide pour choisir lequel retenir. "Tu prendrais qui toi ?" - "Moi je prendrais celui qui travaillera dur et sera efficace" - "Ah mais oui mais tu comprends ils sont tous plus vieux que moi !" - "Bah c'est pas grave du moment qu'il travaille bien" - "Mais si c'est genant quand meme. Ah t'es bien un etranger !". La c'est les restes de confucianisme dans l'ame japonaise qui se reveillent. Avoir une echelle hierarchique qui ne suit pas l'age de ses composants, quelle horreur pour mon chef bien dans la norme !
Alors je me disais un truc. De la part des etrangers on entend souvent revenir dans la liste des critiques au sujet de la societe japonaise l'infantilisation. Je vais pas trancher ici entre le pour et le contre, mais dans ue societe vieillissante confucianiste, l'age auquel quelqu'un accede a des responsabilites ne peut que se retarder : celui au dessus de lui est omnipotent et present de plus en plus longtemps pour palier au manque de sang neuf. Ca me semblait un bon argument a ranger du cote du pour...

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31 décembre 2008

Breve

F. a 60 ans et travaille en arubaito (petit boulot) a la poste. C'est quelque chose pour elle, de se retrouver a deplacer des sacs de courrier, a meme pas 1000 yen de l'heure, alors que quelques annees plus tot elle etait encore completement a l'oppose de l'organigramme, une des rares femmes japonaises chef d'entreprise. A cette epoque elle "allait manger des escargots au sommet de la Tour Effeil" comme elle dit en rigolant, et elle frequentait du grand monde dans les restaurants de kaiseki (plat le plus cher de la cuisine japonaise) d'Osaka. Du grand monde ca sous entend du monde qui n'a pas toujours les mains propres ... Aussi quand elle recu un matin une pile de lettre a trier, tellement epaisse qu'elle avait du mal a la tenir d'une main, et encore ca venait surement d'une pile beaucoup plus grosse repartie entre ses collegues, elle eut contrairement a eux un petit frisson en voyant ce qui etait ecrit au dos de chaque enveloppe: 破門 (hamon). Le premier kanji signifie 'briser', le deuxieme represente l'entree d'une maison et par extrapolation la maison (au sens de la famille), ensemble ca veut dire 'excommunication'. Ces lettres c'etait celles envoyees par un chef de clan de la pegre nippone a tout ses membres pour leur signifier la repudiation de l'un de ses membres. Une sorte de mise a mort puisque prive de la protection du clan ce dernier se voyait offrir un avenir on ne peut plus sombre. Au vu et au su de tous, la pile d'enveloppe representant le carnet d'adresse complet du clan circulait. Ca peut paraitre un peu ... "Mais que fait la police ?" comme on dit. J'ai toujours entendu dire que le consensus qui prevaut ici vaut aussi pour la pegre. La police preferre fermer les yeux et avoir a faire a une organisation du crime plus 'gerable', que de serrer la vis et faire exploser l'edifice en une multitude de petites bandes agissant dans l'ombre... "Ils sont pas si mechants que ca. C'est juste qu'ils font leur commerce sur la drogue, la prostitution, ... Des fois ils aident meme les gens. Enfin tout ca c'etait autrefois. Maintenant y'a plus que des petits voyous sans scrupules" dit F. Elle se rappelle un jour ou deux d'entre eux etaient venus roder un peu trop pres de sa maison. Elle etait sortie et leur avait dit "Vouz savez j'ai releve votre plaque d'immatriculation, si vous continuez a roder par ici je sais tres bien a qui la donner". Les deux avaient file en vitesse. Une evolution dans la mentalite de la pegre japonaise dont les realisateurs japonais ont tire des films comme 'Sonatine' de Kitano Takeshi ou le film auquel il fait hommage 'Guerre des gangs a Okinawa' de Fukasaku Kiji.

A lire aussi en francais a propos des yakusas : http://yakusa-yakusas.blogspot.com/

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12 décembre 2008

Breve

Gare d'Umeda a Osaka vers 22:30, je monte dans mon train habituel qui me ramenera chez moi en me servant de salle d'etude, de kanji, et de la faune locale.
A ma droite, un autre habituel. Un Paco Rabanne japonais, ou se prenant pour. Cheveux blond javelises, lunettes fantasmatiques, deguisement de varan de komodo, profusion de verroteries, bottes de cowboy taille 75. Nous faisant partager comme chaque soir sa journee de travail en hurlant dans son telephone portable. Bloquant l'allee de ses grandes guiboles et malheur a qui oserait effleurer ses preciseuses chausses ou ecailles jaunes et vertes.
Ce soir la, le hasard a voulu qu'un magnifique specimen de salaryman viennent s'echouer juste devant lui. Rotant, soufflant, gemissant, pendu a la poignee du plafond par les deux mains. Une tete de deterre sur un accoutrement de clochard classieux.
Je ne vous fait pas un dessin de la tete du varan...
Il a quand meme tenu trois arrets avant d'exploser, de se lever brusquement et de gueuler sur le salaryman "MAIS C'EST PAS POSSIBLE DE PUER DE LA GUEULE COMME CA !! EH TU M'ENTENDS ? ET LES DOUCHES TU CONNAIS ??". Puis de se laisser retomber sur son siege vu que l'autre etait de toute facon completement HS et n'entendait rien...
A ma gauche, un adolescent dont les tortillages corporels sur le quai avait au prealable attire mon attention. Apres qu'il se soit assis, il s'etait gentiment decale pour faire de la place a une charmante demoiselle a cote de lui. Pretexte a une prise en chasse phenomenale a base de regards mi-fixes mi-fuyant sur la fille, et de tentatives pitoyables mortes dans l'oeuf d'entamer la conversation. Pendant que sur son telephone portable defilaient ostensiblement des mangas pornographiques qu'il faisait de temps en temps semblant de cacher en s'excusant d'un petit rire nerveux aupres de sa voisine...
Et au milieu le bayashi souriait beatement. Je venais de reciter pour la premiere fois d'une traite et sans fautes la totalite des kanjis du 5e niveau de mon logiciel d'etude sur Nintendo Ds ... :-)

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25 octobre 2008

Breves ...

En rentrant du boulot vers 23h dans le train entre Osaka et Kyoto. Arret a une station, les portes s'ouvrent, quelques passagers descendent. L'un d'eux part tout droit devant lui. A cet endroit la il y a au milieu du quai une mini salle d'attente. Apres coup je me suis dit qu'elle lui a peut etre sauve la vie, en l'empechant de traverser tout le quai jusqu'a la voie opposee. Aucun reflexe ne viendra ralentir, devier, influer sur sa trajectoire parfaitement droite et reguliere. Pas forcement rapide, non, mais parfaitement constante. C'est amusant de voir quelque part qu'aux frontieres de l'inconscience le cablage neuromoteur "marcher" est encore actif la ou le cablage "prender en compte obstacles" rend l'ame. Un neurologue y trouverait surement plein de chose a raconter, moi je me contenterai d'imaginer que notre bon vieil 'instinct' de survie preferrait nous voir jeter nos dernieres forces dans une fuite aveugle plutot qu'une analyse posee de notre environnement et nous a equippe d'un cerveau en consequence. Ainsi le corps du salaryman s'ecrase sur le mur de la salle d'attente. Ca fait du bruit un corps humain qui s'ecrase contre un mur. Meme a basse vitesse. Simplement si on l'y lance sans aucune retenue. Tout le monde se retourne et regarde le corps s'effondrant, tout droit, en arriere, sur le quai. La chute egalement se fera sans aucune retenue, le choc a probablement annihile les dernieres miettes de lucidite. Que le lecteur se rassure : cette belle histoire ne s'arretera pas la par une explosion cranienne sur un sol de beton. Le salaryman est resistant. Il a de l'endurance dans ce genre d'activite, disons. Les autres salaryman qui remontent le quai le regardent, sans ralentir. Un d'eux l'enjambe simplement. Un employe de la compagnie ferroviaire present sur le quai accourt vers le cadavre tout en faisant la gestuelle B.12 de son manuel des cas d'urgence, provoquant la mise en veille du processus 'train' par le controleur qui transmet l'information a son conducteur. L'employe s'enquiert du cadavre qui essaie de se relever. Il aimerait bien l'aider mais il est pas sur d'avoir vraiment bien le droit de le toucher, alors les deux bras tendus betements en avant il accompagne le mouvement en gardant les mains a 5 centimetre du salaryman, qui grogne. L'employe lui indique gentiment par ou se trouve la sortie. Le salaryman s'ebranle dans sa direction. Tout semble etre rentre dans l'ordre, l'employe s'empresse de relancer le train qui a deja pris un retard 'epouvantable'. Sur le quai qui s'eloigne je vois une derniere fois le salaryman par la vitre. Il s'est effondre par terre quelques metres plus loin, le regard vide, completement vide, la levre inferieure pendante, accroupie une main accrochee a un poteau du quai.

Ah il est beau mon salaryman japonais ...


F1000005

(autres lieux autres temps, un salaryman effondre dans la rue, la fille du groupe essaye de le ranimer pendant que ses trois collegues regardent)

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14 octobre 2008

Breves ...

Kyoto est une ville entouree par les montagnes. A part un trou au sud vers Osaka, il faut inevitablement se tortiller sur d'interminables routes en lacets pour en sortir, ou emprunter un des grands axes tracer a coup de tunnels/ponts et donc pas nombreux et donc tres frequentes. Parmi eux la route 143, une grosse 4/6 voies dans le prolongement de l'avenue sanjo, monte en courbes douces vers l'est pour redescendre sur la ville de Shiga. Un parcours qui se prete parfaitement a la liberation soudaine du stress accumule pendant la traversee de Kyoto a 30km/h. Une aubaine pour la police et ses radars, comme j'ai pu le constater la derniere fois que j'y suis passe, un samedi soir vers 20h.
Ce qui vaut ici d'en faire un post, c'est la resonnance avec ce post ci. A savoir : a la poste pour prendre un ticket il faut deux assistants, dans la police pour faire un controle de vitesse il faut ... accrochez vous. Un premier policier recroqueville sur un mini-tabouret cache derriere un transformateur electrique guettant les voyoux, avec son radar pose a cote, plus un talkie et un engin qui avait l'air fort complexe, probablement la console reliee au radar. Puis un peu plus loin, cache par une courbe, une camionnette arretee sur la voie de gauche (on roule a gauche ici je rappelle) porte arriere ouverte sur la circulation lui arrivant de face et un autre policier dedans assis a une table et guettant lui aussi les voyoux. Bon qui dit obstacle sur la voie dit securite bien sur, donc il faut rajouter un policier le corps recouvert de led clignotantes plus un baton lumineux pour faire des grands signes devant une gigantesque fleche lumineuse clignotante indiquant l'obstacle. Lorsque le voyou est repere il faut l'arrete, ca prend deux nouveaux policiers avec le meme deguisement de sapin de noel poste sur le trottoir en attente d'un signal de la camionnette informee par l'eclaireur. Pour amener ces trois loustiques il a fallu une voiture de police, stationnee derriere la fourgonette, encadree par des birouttes et des banderolles. Une fois le voyou arrete un autre policier le fait descendre de la voiture et lui explique probablement le pouquoi du comment. C'est probablement aussi lui qui le guide vers l'un des deux autres policiers charges de sanctionner. Tout seul pour faire tout ca, il chaume pas le garcon dis donc ! Les sanctionneurs sont quand a eux assis a deux grandes tables plus chaises pliantes installes sur le trottoir (qu'ils occupent pour moitie). Chaque table est recouverte de formulaires et paperasseries que je n'ai pas eu le temps de detailler mais rien que la quantite m'a donne le vertige. Pour transporter ces trois autres larrons, une deuxieme voiture de police bien sur. Les tables et chaises on imaginera qu'elles vont dans la fourgonette. Plus l'eclairage et toute la petite garniture qui va bien autour.
Ainsi donc pour un controle de vitesse il faut au Japon une logistique digne d'une kermesse, deux voitures et une fourgonette, et pas moins de huit fonctionnaires ... Hors la loi certes mais un client reste un client, il merite qu'on le choye ? ;-)

Posté par bayashi à 12:32 - Quotidien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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